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Découverte des instruments d'amour par Philippe Foulon

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Lorenzo Micheli et Matteo Mela font partie du projet Les Amis de François de Fossa

Depuis 2005, Lorenzo Micheli et Matteo Mela font partie du projet Les Amis de François de Fossa.


Voici quelques lignes sur Lorenzo Micheli.

Lorenzo Micheli, guitariste et théorbiste, a donné plus de 600 concerts en Europe, aux États Unis et au Canada, ainsi qu'en Amérique Latine, Asie et Afrique, en se produisant dans des salles importantes comme Carnegie Hall à New York, Konzerthaus à Vienne, Tchaikovsky Hall à Moscou, Sejong Hall à Seoul, Hall of Columns à Kiev. Lorenzo a remporté le premier prix du Concours "Pittaluga" à Alessandria (1997) et du "Guitar Foundation of America Competition" (1999). En 2002, avec Matteo Mela, il a fondé « SoloDuo », un duo de guitares dont le Washington Post a écrit: “Extraordinarily sensitive, with effortless command and an almost unbearable delicacy of touch, the duo’s playing was nothing less than rapturous – profound and unforgettable musicianship of the highest order.”
 
À côté du répertoire classique, romantique et moderne, Lorenzo travaille depuis longtemps sur la musique italienne du XVIIeme siècle pour guitare baroque et théorbe. La gamme de ses explorations discographiques est très large et comprend une vingtaine de disques pour Naxos, Stradivarius, Brilliant, Solaria, Pomegranate et Contrastes : parmi les autres, il a enregistré la musique pour guitare seule de Miguel Llobet, Dionisio Aguado, Mario Castelnuovo-Tedesco, les Cantates de Alessandro Scarlatti, le livre "pour tous les instruments" de Andrea Falconieri (1650), les quatuors de François De Fossa et les duos de Antoine de L'Hoyer, les Sonates du compositeur viennois Ferdinand Rebay, un double CD de musique de chambre de Mauro Giuliani, les Concertos et les 24 Préludes et Fugues de Castelnuovo-Tedesco, les albums "Morning in Iowa" (avec l'ex "Dire Straits" David Knopfler), "Solaria", "Noesis" et "Metamorphoses" (avec Matteo Mela), et le disque "Autumn of the soul". Il a édité une vingtaine de partitions et rédecouvert et publié oeuvres de Castelnuovo-Tedesco, Rebay et autres, et il dirige une collection de musique pour deux guitares chez l'éditeur canadien «#0160;d'OZ ».
 
Lorenzo, qui habite Milan, est doyen des études supérieures ainsi que professeur de guitare à la Haute École du Conservatoire de la Suisse italienne, à Lugano, et “Artist in Residence” à la University of Colorado Boulder. Il enregistre en exclusivité pour Decca-Universal Music.
Pour plus d’informations, visitez www.lorenzomicheli.com et www.soloduo.it.
 
Le nouveau Directeur Artistique de l'association est Olivier Chassain

L'association Les Amis de François de Fossa a demandé à Olivier Chassain d'assurer la Direction Artistique de ses évènements musicaux et en particulier des Diades François de Fossa qui ont lieu chaque année à la date anniversaire de la naissance du compositeur.

Nous vous livrons ci-après le parcours d'Olivier Chassain.

Né à Paris en 1957, Olivier Chassain partage aujourd'hui son activité de musicien entre le concert, l'enseignement et la composition.
Il commence l'étude de la guitare en Limousin avec Roger Généraux qui l'encourage également très vite à l'écriture musicale. C'est ainsi qu'il complète sa formation auprès de Louis Tillet au Conservatoire de Limoges, dans la classe duquel il obtient ses prix de contrepoint et d'harmonie. Premier lauréat de la toute jeune classe de guitare de R. Généraux, créée en 1974 au Conservatoire d'Orléans, Olivier Chassain suit alors à Paris des cours de perfectionnement avec Carel Harms, et avec Alexandre Lagoya à l'Académie Internationale d'Été de Nice, dès 1975.
Il entre en 1977 au Conservatoire de Paris (l'actuel Cnsmdp) où il obtient dans la classe d'A. Lagoya, un premier prix de guitare en 1982, de concert avec ses prix d'harmonie et contrepoint (classes de R. Boutry et B. de Crépy).
Ses débuts d'interprète prennent une dimension internationale lorsqu'il remporte en 1988 le Premier Prix de la « Guitar Foundation of America International Competition », premier guitariste non-américain à recevoir cette distinction. Il effectue l'année suivante une importante tournée organisée par la GFA, à travers tout le continent nord-américain : il y est invité dès lors régulièrement pour des concerts et des master-classes, ainsi que sur les autres continents.
 
L'envol de sa carrière de pédagogue est pris à Orléans dès 1978, à la suite de son premier professeur (il est titularisé après l'obtention de son C.A. à 21 ans), et voit son accomplissement lors de sa nomination en 1992 au Conservatoire Jacques Thibaud de Bordeaux, puis en 1994 à la succession d'A. Lagoya comme Professeur de guitare au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (Cnsmdp), où il enseigne toujours aujourd'hui. Plusieurs étudiants de sa classe y ont depuis remporté de nombreux prix internationaux et se sont lancés dans une carrière particulièrement prometteuse, comme Thibaut Cauvin, Gabriel Bianco, Thibaut Garcia, Xavier Jara-Bishop, Antoine Morinière, Bogdan Mihailescu, Randall Avers, Benoît Albert, Giani Caserotto, Antoine Guerrero... La Chitarra d’oro 2018 – Premio per la didattica – vient de lui être décerné lors du 23° convegno internazionale di chitarra à Alessandria en Italie, à l’occasion du Concours international Michele Pittaluga.
 
Olivier Chassain anime, en marge de ses cours en conservatoire, des sessions de perfectionnement instrumental dans le cadre de festivals et d'Académies d'été, comme ce fut le cas à Sées en Basse-Normandie dans les années 1990, puis en Dordogne à L'École Britten de Périgueux de 1995 à 2010, ou encore à l’Académie Internationale d’Été de Nice de 2013 à 2015. Par ailleurs, il organise régulièrement depuis 2010 de nouvelles sessions en Limousin tout au long de l'année, été comme hiver.
 
Le répertoire d'Olivier Chassain affiche un grand éclectisme, de la Renaissance à la musique d'aujourd'hui. Passionné par les musiques ancienne et baroque, il s'est consacré également au luth et à la vihuela pendant de nombreuses années, afin d'en transmettre, par une approche privilégiée, le son et l'esprit.
Ardent défenseur de la création contemporaine, Olivier Chassain est le dédicataire de nombreuses œuvres pour guitare (Georges Delerue, Stephen Dodgson, Antonio Ruiz-Pipó, A.-M. Riou, Thierry Pécou, Sean Heim) et de concertos, parmi lesquels « Escales » de Roland Creuze, tout comme celui d'Édith Lejet, « Des fleurs en forme de diamants ».
Olivier Chassain a réalisé plusieurs disques, sous différents labels, dont « Almost a song » (Metronome recordings) couronné par le « Choc » du Monde de la Musique, et « Éventail » par un « Choc » de la revue Classica.
Un album consacré à l'intégrale des compositions d'Ida Presti – premier enregistrement mondial – en duo avec le guitariste norvégien Stein-Erik Olsen, a reçu un accueil élogieux des critiques musicaux, classé dans le « top 5 » des dix meilleurs albums classiques de l'année 2009, sous le label Simax.
Un premier album monographique consacré à ses propres œuvres, grâce à l’initiative de son ami John McClellan lors d’une de ses récentes résidences à St-Louis dans le Missouri, est paru en avril 2015.
Plusieurs autres enregistrements sont en projet, dont un album dans un répertoire d'œuvres originales dédiées au Duo Presti-Lagoya, un deuxième album monographique de ses œuvres, ainsi qu’un album consacré à Johann-Sebastian Bach.
 
Olivier Chassain s'initie à la composition dès l'âge de quinze ans, et a toujours considéré cette activité comme une respiration essentielle au cœur de sa vie de musicien instrumentiste. Il est l'auteur de nombreuses œuvres, notamment pour guitare, comme: les suites Étoiles et Arion, le diptyque Le Fil d’Or, in memoriam Ida Presti et A.Lagoya, De loin en loin, sonate pour deux guitares (1995), Doigts de fées pour flûte et guitare (2010), Sonate pour guitare seule (2011), Les variations interrompues, hommage à Claude Debussy pour deux guitares (2012), La chevelure des anges, sonate pour violon et guitare (2014)..., et des recueils à vocation pédagogique tels que Patchwork, Ad hoc, et Brèves de pupitre (depuis 2012). Ses œuvres sont publiées chez divers éditeurs : Max Eschig, Billaudot, Fuzeau, Mel Bay et Clearnote publications (USA), et plus récemment à L’empreinte mélodique, et aux éditions Berbèn  c’est dans l’imposante Presti-Lagoya collection de cette célèbre maison d’édition italienne qu’Olivier Chassain s’est vu confier la révision de l’intégrale des œuvres originales d’Ida Presti : un premier recueil de ses duos étant paru en 2014, celui de ses œuvres pour guitare seule le sera bientôt.

 
L'espace des lumières à Perpignan par Céline Sala

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Birthday of François de Fossa par Jan de Kloe

On August 31 in 1775, the composer François de Fossa was born in the French-Catalonian city of Perpignan. In 2017 this was feted on his birthday with concerts, lectures, and visits to the places where he was active, among them the house where he was born and lived. The day was organized by the president of the François de Fossa society, Pierre Coureux, and was attended by lovers of the guitar as well as by the guest of honor, discoverer and publisher of most of his music, Matanya Ophee.
Divertimenti from François de Fossa’s Opus 6 were played by Francisco Ortiz as illustrations to a lecture by author Nicole Yrle. She wrote a romanticized biography of the composer. Then the musicologist Bruno Marlat gave a well illustrated history of the guitar and how it went from 5 course double string to 6 string as we know it today. Musical illustration during the day was by the duo Timothée Vinour-Motta and Rémy Patel. They played solo works and duets, primarily the arrangements that de Fossa made of Haydn music on period instruments. These young players finished their evening performance with Sor’s l’Encouragement, brilliantly performed.
The more recent publications of Editions Orphee of de Fossa’s music are five duos based on opera overtures which I presented. The original composers are Nicolas Dalayrac, Henri Berton, Gaspare Spontini, Niccolò Piccinni, and Antonio Sacchini – all composers that were active in Paris before or during the period that de Fossa lived there.
Jan de Kloe
Rue Fontaine Na Pincarda par Nicole Yrle

   À plusieurs reprises, François de Fossa a, en écrivant à sa sœur Thérèse restée à Perpignan — en particulier en 1813 depuis Bayonne — libellé l’adresse ainsi :
   « Madame Campagne, née Fossa, vis à vis la fontaine la Pincarde à Perpignan ».
   C’était le temps où les numéros n’existaient pas encore !
 
   Cette jolie fontaine publique du Moyen Âge, la plus ancienne de Perpignan, est encore aujourd’hui alimentée par une citerne encastrée dans le mur, elle-même reliée à un réseau souterrain depuis une source située près de la porte de Canet (aujourd’hui place Cassanyes).
   Elle doit son nom à une famille qui vivait dans la maison à laquelle elle est adossée : les Pincard, des teinturiers et des marchands dont un marchand d’huile à l’époque de François de Fossa. Depuis 1540, sur ordre des consuls, il était interdit de laver son linge dans la fontaine !
 
   À 2,50 m. du sol on voit une plaque de marbre blanc, gravée d’une croix fichée de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. L’encadrement porte une inscription :
   « Font del hostal de Sant Johan
      d. XXI de oct MCCCCXXXI »
ce qui confirme la création de la fontaine en 1431 par les Hospitaliers, à l’origine de la fondation en 1116, près de la cathédrale, d’un hôpital détruit au début du XXe siècle.
 
   Si la maison de Fossa, sise en face de la fontaine Na Pincarda, coula des jours paisibles, d’autres, situées à peine un peu plus loin dans la même courte rue, connurent des tragédies. C’est ainsi qu’en décembre 1661, un assassinat fut commis sur la personne de Don Emmanuel de Sant-Dionis, un homme réputé violent. Il avait eu des relations coupables avec sa jeune et jolie voisine, Thérèse de Béarn, et l’aurait souffletée par jalousie en découvrant qu’elle avait aussi une aventure galante avec Don Ramon de Monfar. C’est ce dernier qui, au cours d’une altercation, tua Sant-Dionis. Il réussit à s’enfuir jusqu’en Espagne, son pays. On arrêta la jeune femme, accusée de complicité. Soumise à la question, la malheureuse ne voulut rien reconnaître ni dénoncer qui que ce fût.
   Elle espéra jusqu’au bout être acquittée mais fut décapitée place de la Loge, en 1662. Elle avait vingt ans.
   Nicole YRLE
      Photos de la fontaine
 
 


François de Fossa et le muscat de Rivesaltes !

   Voici ce qu’on peut lire au début d’une lettre adressée en octobre 1813 depuis Montauban par François de Fossa lui-même à sa sœur Thérèse, épouse de Joseph Campagne, restée dans la demeure familiale à Perpignan :
 
   « [Ma lettre] te trouvera vraisemblablement à Rivesaltes chez notre aimable nièce que tu embrasseras de ma part. Tu me dis dans ta dernière que tu allais y passer quelques jours et je désire que les eaux te soient favorables ainsi qu'à mon pauvre petit filleul que j'apprends avec peine souffrir encore de ses yeux. Quant à moi si j'étais du voyage je vous laisserais à tous deux boire de l'eau dans un pays où c'est un meurtre d'en mettre dans son vin, et je tâcherais d'oublier à l'aide de quelques bouteilles de ce délicieux muscat que j'ai un bras dont je ne puis pas me servir aussi bien que de l'autre. » 
Fac-similé de la lettre de François à sa sœur Thérèse 
(survoler pour agrandir) 
survoler pour agrandir (Montauban le 10 octobre 1813)
   Le petit filleul est le fils de Thérèse, François, alors âgé de 10 ans.
   L’oubli teinté d’humour que notre musicien rechercherait dans un verre de muscat, est lié à un fâcheux accident de cheval survenu en juillet qui lui a valu une fracture du bras avec complications.
   Quant à la nièce, c’est Thérèse Cabaner, épouse d’Antoine Jaubert, lui-même fils d’Angélique Campagne ; leur fille, Joséphine Jaubert, épousera en 1829 Bruno Magloire de La Fabrègue, ancêtre de M. Pierre-Henri de la Fabrègue, propriétaire-vigneron du Domaine de Rombeau, membre bienfaiteur de l’association « Les Amis de François de Fossa »
 
   Un fac-simile de la première page de cette lettre fut offert à M. de La Fabrègue le 6 décembre 2016, à l’occasion d’une soirée littéraire et musicale présentée par Nicole Yrle et Juan Francisco Ortiz dans la très belle Salle des Vitraux du Domaine.
 
Thérèse de Fossa (1767-1823), une femme mystérieuse… par Nicole Yrle

   À notre connaissance, il n’existe aucun portrait de Thérèse, la sœur tant aimée de François de Fossa. Celui que possédait son frère, et qu’il évoque dans sa correspondance, a disparu... Elle aura à jamais le visage que chacun de nous lui donne et gardera donc son mystère.
  Elle fut pour notre musicien bien plus qu’une sœur aînée... une marraine, une amie, une confidente, une conseillère, une correspondante privilégiée, et surtout elle représenta la femme idéale, celle qu’il chercha, des années durant, à retrouver à travers toutes celles qu’il courtisait, jusqu’à ce qu’il rencontrât Sophie, celle qui devint son épouse. Notons au passage que Thérèse était morte d’un cancer depuis près de trois ans quand le mariage eut lieu… Il n’écrira jamais plus à sa sœur chérie, qu’il appelait « Ma chère amie » puis « Ma bonne amie » dans toutes ses lettres...
   À n’en pas douter, Thérèse était une femme de caractère, très pieuse et musicienne, qui vouait une affection sans bornes à son frère. On l’imagine séduisante et intelligente. Elle fut manifestement une épouse et mère modèle. Son mari, Joseph Campagne, lui survécut dix-sept ans et jamais ne la remplaça.
   Comment se fait-il qu’aucune des partitions de FRANÇOIS parvenues jusqu’à nous ne lui soit dédiée ? Un autre mystère, car, nous le savons, elle aussi avait appris la guitare : « [...] ta fille s’exerce à la guitare pour te régaler », écrivait leur mère à son mari, alors à Paris, en août 1785. Plus tard, c’est avec une de ses guitares que sa fille Thérésette apprendra les premiers rudiments de cet instrument… À moins qu’un jour ne réapparaisse, après avoir dormi dans un tiroir, un grenier, ou au milieu d’un monceau de partitions oubliées, celle que son frère composa pour elle, en pensant à elle ?
   Nous devons beaucoup à Thérèse de Fossa, devenue Mme Campagne, puisque ce sont les 572 lettres que François de Fossa lui adressa en 27 ans qui constituent la principale source de ce que nous savons de lui. En revanche, nous ne possédons qu’une seule lettre-réponse de sa main, datée du 8 septembre 1820, dans laquelle elle lui enjoint de venir passer son congé d’officier à Perpignan : « […] je ne veux point être privée de t’avoir six mois auprès de moi, peut-être sera-ce la dernière fois que nous nous réunirons, ainsi point de raison, tu passeras les six mois ou je ne t’aimerais plus de ma vie de vouloir ainsi m’affliger. »
   On vous le disait, une femme de caractère !
   Nicole YRLE
Lettre de Thérèse à François 
(survoler pour agrandir) 
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Qui était Sophie, l'épouse de François de Fossa ? par Nicole Yrle

Lorsque le chef de bataillon, Chevalier de Saint-Louis, François de Fossa se maria, il avait déjà vécu un demi-siècle. Sa fiancée avait vingt-trois ans de moins que lui. Le mariage eut lieu à Strasbourg, le 29 décembre 1825. Trois ans plus tôt, le musicien avait eu la douleur de perdre sa sœur Thérèse. Aucune des femmes rencontrées jusque-là n’arrivait à la cheville de celle qu’il chérissait depuis l’enfance. Mais Sophie, manifestement, avait toutes les qualités requises et elle apporta le bonheur à François, lui que les épreuves n’avaient pas épargné depuis sa jeunesse.
Née le 18 Floréal an VI (7 mai 1798), la jeune épousée était la fille de feu Mansuy Vautrin, fabricant de chandelles installé à proximité de la cathédrale. Ce dernier était issu d’une famille lorraine de boulangers, catholique de génération en génération. Engagé volontaire dans le 9e bataillon de l’Ain révolutionnaire, Mansuy avait été élu officier par les soldats-citoyens ; envoyé à Strasbourg, le lieutenant des grenadiers y rencontra Marguerite, sa future femme, âgée de seize ans. Il quitta l’armée et l’épousa. La toute jeune femme, très vite mère d’un garçon, appartenait à une famille de riches blanchisseurs protestants, les Schwing. Sophie naquit deux ans plus tard et à quinze ans, elle perdit son père, mort prématurément d’une probable maladie professionnelle.
Mystérieuse Sophie… Nous n’avons d’elle aucun portrait et en sommes réduits à l’imaginer. Elle reçut certainement une éducation soignée. François de Fossa lui dédia, avant leur mariage, l’arrangement d’une sérénade de Beethoven et l’ouverture de l’opéra Le Calife de Bagdad de Boieldieu, ce qui prouve qu’elle jouait de la guitare, et certainement fort bien, car les pièces en question ne sont pas faciles. Plus tard, Dionisio Aguado composa pour l’épouse de son ami de Fossa Six petites pièces, techniquement complexes. Peut-être ressemblait-elle à la jeune femme qui posa pour le peintre Descours ?
L’alliance François de Fossa/Sophie Vautrin a de quoi surprendre et il n’est pas certain que Thérèse, en bonne descendante d’une famille catalane anoblie, catholique et monarchiste, l’aurait approuvée ! D’ailleurs l’armée à qui François de Fossa a dû demander l’autorisation de se marier, ne l’a pas accordée du premier coup ! Il fallut l’intervention d’un personnage haut placé, M. de Sainte-Suzanne, sans oublier que la tante de Sophie était la veuve de Jean Legrand, lieutenant-colonel, ancien commandant de la place de Belfort, couvert d’honneurs. En tout cas, François, qui avait vécu des changements considérables, jetait sans doute sur le monde un regard distancié et il a su apprécier en Sophie ce qui ferait d’elle l’épouse dont il rêvait.
Le couple connut un bonheur sans nuages, en témoigne ce très joli passage d’une lettre adressée par François à son neveu en 1827 : « Depuis que j’existe, je n'ai jamais goûté une telle somme de bonheur. Tu ne le comprendras que lorsque tu auras toi-même uni ton sort à une femme qui partage tous tes goûts, toutes tes idées, car ce n'est que de cette manière qu'on est réellement duo in carne una ». Trois enfants naquirent, Victor (1826), Cécile (1827) et Laurent (1832). Le premier est né à Paris, la seconde à Besançon et le troisième à Romans : il est clair que Sophie a suivi son époux de garnison en garnison, ce qui n’était guère fréquent à une époque où les militaires changeaient d’affectation presque chaque année.
Autre fait notoire, l’aide efficace que Sophie apporta à son mari à la suite de la délicate affaire survenue à Salon dans la nuit du 28 au 29 juillet en 1839 : une altercation entre des soldats de son régiment et des bourgeois tourne mal, le capitaine d’astreinte cette nuit-là fait preuve de précipitation, agit sans réquisition de l’autorité civile et ne prévient le Major de Fossa que quand tout est fini avec un mort et plusieurs blessés, civils et militaires, à déplorer. De Fossa, après enquête, sanctionne des soldats et des officiers coupables de manquements graves. Mais il est désavoué par le Général et doit se défendre ! Là-dessus, il s’absente pour accompagner ses enfants, Cécile et Victor, futurs élèves à St Denis et à La Flèche. En son absence, une véritable cabale est montée contre lui au sein du régiment : on lui en veut de n’avoir pas fermé les yeux sur les exactions de camarades de corps et d’avoir pris le parti des bourgeois ! Sophie reçoit des instructions précises de son mari et s’en acquitte à merveille, portant une lettre au juge pour demander une enquête ciblée avec des témoins désignés qu’elle va voir un à un pour qu’ils disent « toute la vérité, rien que la vérité ». Seule une femme amoureuse, convaincue et intelligente comme l’était Sophie, a pu mener à bien pareilles actions. Avec son aide, François de Fossa s’en est tiré avec les honneurs et sans doute une grande amertume.
La carrière militaire du Major de Fossa s’acheva à Paris et c’est là qu’il mourut en 1849, laissant une veuve de cinquante et un ans et un fils de dix-sept ans. L’aîné, Victor était sous-officier en Guadeloupe, il mourut cinq ans après son père. Malgré l’opposition de sa mère, Cécile entra dans les ordres et mourut en 1868 au couvent de Bordeaux. Laurent, le petit dernier, embrassa lui aussi la carrière militaire mais c’était un joueur invétéré qui eut maille à partir avec la justice et dut démissionner de l’armée. Il est probable que son comportement donna bien des soucis à sa mère. Finit-il par s’assagir#0160;? Peut-être… Il se maria et Sophie devint grand-mère.
Elle vécut jusqu’à l’âge de quatre-vingt quatre ans et s’éteignit à Paris en 1889. Elle dort son dernier sommeil aux côtés de son mari, au cimetière du Montparnasse.
   Nicole YRLE
     Les illustrations de cette chronique
 
Ouverture de l'opéra de Boieldieu Jeune guitariste de Descours Lettre du 8 janvier 1827 (extrait)
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La maison natale de François de Fossa par Nicole Yrle

Aujourd’hui encore, la maison natale de François de Fossa frappe par son aspect imposant. D’après ses propriétaires actuels, Alain Gélis et sa sœur, elle remonte au Moyen Âge. Actuellement elle donne sur trois rues :
   - environ 10 m côté est (rue de la Manche)
   - environ 13 m côté sud (rue de la fontaine Na Pincarda)
   - environ 18 m côté ouest (rue du Figuier, aujourd'hui place Jaubert de Passa)
   - son angle sud-ouest largement ouvert laisse à penser que sa façade nord qu’on ne voit pas devait mesurer environ 25 m.
Cette maison disposait d’une vaste surface habitable sur trois niveaux (d’après les traces sur la façade sud, il est possible que le troisième ait été rajouté au XVIIIe s.) avec, entre autres, au premier étage, plusieurs pièces dont un grand salon et une vaste cuisine, au rez-de-chaussée une écurie et des locaux professionnels (boutiques de tisserands et tailleurs, et, plus tard, bureaux de juristes) et, en sous-sol, un espace relativement spacieux permettant des activités annexes avec, peut-être, un bassin et un petit pressoir à huiles...
L’architecture de la maison est difficile à visualiser à cause de son agencement interne complexe et de son emboîtement avec les maisons mitoyennes au nord. Mais il est clair qu’une même famille, ou un ensemble de familles unies par les liens du sang, pouvait parfaitement se partager l'espace disponible.
 
Sans entrer dans le détail, des recherches approfondies permettent d’avancer l’hypothèse qu’avant le terrible siège de Perpignan en 1641-42, « la maison en face de la fontaine Na Pincarda », comme la désigne notre compositeur dans ses lettres, était occupée par des Jaubert, en particulier au milieu du XVIe siècle par un certain Rafel, puis ses descendants Pere, Rafel Menor et Montserrat, tailleurs comme leur père ou tisserands. Leurs familles disparaissent ensuite, probablement décimées lors du siège ou parties au sud des Pyrénées.
Mais en 1646, Joseph Jaubert, tailleur, fils de Montserrat, se marie avec la fille d’un notaire et la maison Na Pincarda reprend vie avec la naissance de six enfants. Joseph, le troisième, deviendra le premier d’une lignée de notaires, juristes et avocats. Devenue veuve en 1705, sa troisième épouse élèvera quatre jeunes enfants. Deux d’entre eux vont « repeupler » la maison après 1719, date de leur double mariage : Antoine devenu notaire, épouse la fille d’un droguiste et Françoise épouse le jeune et brillant Joseph Fossa, 23 ans, déjà juriste, futur avocat. Ils n’habiteront pas tout de suite la maison Na Pincarda mais on peut formuler l’hypothèse qu’assez vite Antoine Jaubert et Joseph Fossa, devenus beaux-frères, ont amorcé une collaboration professionnelle.
;En 1732 vivent dans la maison qui nous intéresse dix personnes :
   - Antoine Jaubert, sa femme et leurs deux enfants
   - Joseph Fossa, sa femme Françoise et leurs trois enfants
   - Josèphe Jaubert, sœur d’Antoine et Françoise, restée célibataire.
Les enfants Fossa (18, 11 et 6 ans) sont orphelins en 1737 et perdent leur tante Josèphe en 1741. Sans doute Antoine et sa femme finirent-ils de les élever.
Antoine Jaubert fils fera son droit, François de Fossa, fils de Joseph, aussi. Antoine se marie en 1742 et six de ses douze enfants atteignent l’âge adulte. François se marie beaucoup plus tard, en 1761, avec Thérèse Beauregard. Leurs enfants, Thérèse et François de Paule, naîtront en 1767 et 1775.
À un moment, la maison a dû être surpeuplée : le couple Jaubert et leurs six enfants, une grand-mère maternelle, le couple Fossa et Josèphe, sœur célibataire de François !
Mais des décès et des départs vont réduire peu à peu le nombre d’occupants. On peut penser toutefois qu’en 1779, François Fossa et sa femme ont, à leur tour, terminé d’élever avec leurs propres enfants quatre jeunes gens ou adolescents Jaubert devenus orphelins. Ces derniers partiront accomplir leur destin et, à la faveur probable d’un arrangement familial, la maison Na Pincarda deviendra une maison Fossa.
En 1789, après la mort de leur mère (1786) et de leur père (1789), vivent dans la maison Thérèse (22 ans), François de Paule (14 ans) et leur tante Josèphe (68 ans). Les aléas de la période révolutionnaire et un entretien devenu coûteux ont logiquement conduit Thérèse à louer une partie de la maison. On sait que François de Fossa le compositeur, après 1793, ne reviendra plus qu’en visite. Thérèse continuera à vivre dans la maison avec son mari Joseph Campagne, juge, et leurs deux enfants, François et Thérèse, dite Thérésette. Le frère et la sœur, restés célibataires, y vécurent à leur tour jusqu’à la fin de leur vie, Thérésette est morte en 1873 et François en 1889.
   Nicole YRLE
       Photos de la maison et de François de Fossa (à 65 ans)