Information importante
Les chroniques présentes dans cette page ne sont pas présentées dans un ordre chronlogique de parution.
Certaines datent de plusieurs années, voire décennies.
La précision des contenus proposés a évolué grandement depuis les premières découvertes sur François de Fossa grâce à des recherches historiques approfondies et n'a ainsi cessé de s'améliorer au fil du temps. C'est pourquoi nous demandons au lecteur du discernement lors des interprétations qu'il peut faire grâce à et à l'aide de ces diverses chroniques. Elles ont toutes leur place sur ce site qui traite essentiellement de François de Fossa fils (1775-1849), le compositeur-guitariste-militaire dont nous faisons, aux Amis de François de Fossa, la promotion, bien que certaines parties de ce site se rapportent aussi à François de Fossa père (1726-1789), un éminent jurisconsulte perpignanais. Il faut que le lecteur se place dans le contexte temporel de l'avancée des recherches effectuées sur cet artiste et identifie les avancées de celles-là.

Découverte des instruments d'amour par Philippe Foulon

Un document très complet disponible ici au format PDF.
 

Lorenzo Micheli et Matteo Mela font partie du projet Les Amis de François de Fossa

Depuis 2005, Lorenzo Micheli et Matteo Mela font partie du projet Les Amis de François de Fossa.


Voici quelques lignes sur Lorenzo Micheli.

Lorenzo Micheli, guitariste et théorbiste, a donné plus de 600 concerts en Europe, aux États Unis et au Canada, ainsi qu'en Amérique Latine, Asie et Afrique, en se produisant dans des salles importantes comme Carnegie Hall à New York, Konzerthaus à Vienne, Tchaikovsky Hall à Moscou, Sejong Hall à Seoul, Hall of Columns à Kiev. Lorenzo a remporté le premier prix du Concours "Pittaluga" à Alessandria (1997) et du "Guitar Foundation of America Competition" (1999). En 2002, avec Matteo Mela, il a fondé « SoloDuo », un duo de guitares dont le Washington Post a écrit: “Extraordinarily sensitive, with effortless command and an almost unbearable delicacy of touch, the duo’s playing was nothing less than rapturous – profound and unforgettable musicianship of the highest order.”
À côté du répertoire classique, romantique et moderne, Lorenzo travaille depuis longtemps sur la musique italienne du XVIIeme siècle pour guitare baroque et théorbe. La gamme de ses explorations discographiques est très large et comprend une vingtaine de disques pour Naxos, Stradivarius, Brilliant, Solaria, Pomegranate et Contrastes : parmi les autres, il a enregistré la musique pour guitare seule de Miguel Llobet, Dionisio Aguado, Mario Castelnuovo-Tedesco, les Cantates de Alessandro Scarlatti, le livre "pour tous les instruments" de Andrea Falconieri (1650), les quatuors de François De Fossa et les duos de Antoine de L'Hoyer, les Sonates du compositeur viennois Ferdinand Rebay, un double CD de musique de chambre de Mauro Giuliani, les Concertos et les 24 Préludes et Fugues de Castelnuovo-Tedesco, les albums "Morning in Iowa" (avec l'ex "Dire Straits" David Knopfler), "Solaria", "Noesis" et "Metamorphoses" (avec Matteo Mela), et le disque "Autumn of the soul". Il a édité une vingtaine de partitions et rédecouvert et publié oeuvres de Castelnuovo-Tedesco, Rebay et autres, et il dirige une collection de musique pour deux guitares chez l'éditeur canadien « d'OZ ».
Lorenzo, qui habite Milan, est doyen des études supérieures ainsi que professeur de guitare à la Haute École du Conservatoire de la Suisse italienne, à Lugano, et “Artist in Residence” à la University of Colorado Boulder. Il enregistre en exclusivité pour Decca-Universal Music.
Pour plus d’informations, visitez www.lorenzomicheli.com et www.soloduo.it.

Gabriele Natilla est le Directeur Artistique de l'association

L'association Les Amis de François de Fossa a demandé à Gabriele Natilla d'assurer la Direction Artistique de ses évènements musicaux et en particulier du Festival 2020 François de Fossa qui aura lieu, comme chaque année, à la date anniversaire de la naissance du compositeur.

Nous vous livrons ci-après une petite biographie de Gabriele Natilla.
Gabriele Natilla est diplômé du Conservatoire National de Bari (Italie), de l’Académie Chigiana de Sienne (avec le maître Oscar Ghiglia) et de l’École normale de Musique de Paris (avec le maître Alberto Ponce). Il s’est aussi perfectionné à Florence avec Flavio Cucchi et il a étudié la musique ancienne aux séminaires de Valtice en République Tchèque. Il est titulaire du C.A. de professeur et de la Laurea en sémiologie de l’Université de Sienne avec une thèse sur la structure narrative de l'humour juif.
Il a donné des concerts dans une quinzaine de pays européens, en Israël, au Maroc, aux États-Unis, en Corée du Sud et au Japon. Dans ces pays d’Asie, il a enregistré deux CD consacrés à la musique italienne. Lauréat de plusieurs concours internationaux en Italie (Saluzzo, Bari), Pologne (Cracovie) et au Japon (Tokyo, Nagoya) il s’intéresse tôt à la musique ancienne, ce qui le mène à s’initier aux instruments originaux : en plus de la guitare classique il joue en solo et en formations stables et occasionnelles du théorbe, de la guitare baroque et du 19e siècle, de l’archiluth.

Il a reçu des prix dans plusieurs concours internationaux. Parmi ceux-ci : « Paolo Barsacchi » (Viareggio, Italie, 1995) ; Chitarrissima (Saluzzo, Italie, 1995) ; Ile-de-France (Paris, 1996) ; Miedzynarodowy Festiwal Muzyki Gitarowej (Cracovie, Pologne, 1997) ; Japan Chamber Music Academy (Nagoya, Japon, 2000) ; Toppan Hall (Tokyo, 2000) ; « Mauro Giuliani » (Bari, Italie, 2001). Il a donné des concerts dans une quinzaine de pays européens, en Israël, au Maroc, aux États-Unis, en Corée du Sud et au Japon.
En 2005 il a enregistré au Japon le Cd « Passeggiate » avec de la musique italienne pour guitare seule. Il a été invité plusieurs fois par la radiotélévision japonaise NHK. En 2010 le label sud-coréen « Guitarmania » a produit son enregistrement des 25 études de Matteo Carcassi.
IIl est co-fondateur en 2010 et directeur artistique du festival de guitare Sul Tasto Paris. Depuis 2011, il est invité aux stages d’été de l’Académie Internationale de Musique de la Lozère à Mende.
Gabriele mène plusieurs projets permanents : « Lo sonar dell'alma » et « Les esquisses » pour la musique baroque, le quatuor de guitares « Zellige », « Tempéré variable » en duo de guitares classiques, « Un air d'Italie » avec la chanteuse Cristina Marocco.
Professeur d'Enseignement Artistique, il est titulaire d'une classe de guitare au Conservatoire à Rayonnement Départemental d’Argenteuil dans le Val d'Oise.

Olivier Chassain est Conseiller Artistique de l'association


L'association Les Amis de François de Fossa a demandé à Olivier Chassain d'assurer le conseil artistique de ses évènements musicaux.

Nous vous livrons ci-après le parcours d'Olivier Chassain.

Né à Paris en 1957, Olivier Chassain partage aujourd'hui son activité de musicien entre le concert, l'enseignement et la composition.
Il commence l'étude de la guitare en Limousin avec Roger Généraux qui l'encourage également très vite à l'écriture musicale. C'est ainsi qu'il complète sa formation auprès de Louis Tillet au Conservatoire de Limoges, dans la classe duquel il obtient ses prix de contrepoint et d'harmonie. Premier lauréat de la toute jeune classe de guitare de R. Généraux, créée en 1974 au Conservatoire d'Orléans, Olivier Chassain suit alors à Paris des cours de perfectionnement avec Carel Harms, et avec Alexandre Lagoya à l'Académie Internationale d'Été de Nice, dès 1975.
Il entre en 1977 au Conservatoire de Paris (l'actuel Cnsmdp) où il obtient dans la classe d'A. Lagoya, un premier prix de guitare en 1982, de concert avec ses prix d'harmonie et contrepoint (classes de R. Boutry et B. de Crépy).
Ses débuts d'interprète prennent une dimension internationale lorsqu'il remporte en 1988 le Premier Prix de la « Guitar Foundation of America International Competition », premier guitariste non-américain à recevoir cette distinction. Il effectue l'année suivante une importante tournée organisée par la GFA, à travers tout le continent nord-américain : il y est invité dès lors régulièrement pour des concerts et des master-classes, ainsi que sur les autres continents.
L'envol de sa carrière de pédagogue est pris à Orléans dès 1978, à la suite de son premier professeur (il est titularisé après l'obtention de son C.A. à 21 ans), et voit son accomplissement lors de sa nomination en 1992 au Conservatoire Jacques Thibaud de Bordeaux, puis en 1994 à la succession d'A. Lagoya comme Professeur de guitare au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (Cnsmdp), où il enseigne toujours aujourd'hui. Plusieurs étudiants de sa classe y ont depuis remporté de nombreux prix internationaux et se sont lancés dans une carrière particulièrement prometteuse, comme Thibaut Cauvin, Gabriel Bianco, Thibaut Garcia, Xavier Jara-Bishop, Antoine Morinière, Bogdan Mihailescu, Randall Avers, Benoît Albert, Giani Caserotto, Antoine Guerrero... La Chitarra d’oro 2018 – Premio per la didattica – vient de lui être décerné lors du 23° convegno internazionale di chitarra à Alessandria en Italie, à l’occasion du Concours international Michele Pittaluga.
Olivier Chassain anime, en marge de ses cours en conservatoire, des sessions de perfectionnement instrumental dans le cadre de festivals et d'Académies d'été, comme ce fut le cas à Sées en Basse-Normandie dans les années 1990, puis en Dordogne à L'École Britten de Périgueux de 1995 à 2010, ou encore à l’Académie Internationale d’Été de Nice de 2013 à 2015. Par ailleurs, il organise régulièrement depuis 2010 de nouvelles sessions en Limousin tout au long de l'année, été comme hiver.
Le répertoire d'Olivier Chassain affiche un grand éclectisme, de la Renaissance à la musique d'aujourd'hui. Passionné par les musiques ancienne et baroque, il s'est consacré également au luth et à la vihuela pendant de nombreuses années, afin d'en transmettre, par une approche privilégiée, le son et l'esprit.
Ardent défenseur de la création contemporaine, Olivier Chassain est le dédicataire de nombreuses œuvres pour guitare (Georges Delerue, Stephen Dodgson, Antonio Ruiz-Pipó, A.-M. Riou, Thierry Pécou, Sean Heim) et de concertos, parmi lesquels « Escales » de Roland Creuze, tout comme celui d'Édith Lejet, « Des fleurs en forme de diamants ».
Olivier Chassain a réalisé plusieurs disques, sous différents labels, dont « Almost a song » (Metronome recordings) couronné par le « Choc » du Monde de la Musique, et « Éventail » par un « Choc » de la revue Classica.
Un album consacré à l'intégrale des compositions d'Ida Presti – premier enregistrement mondial – en duo avec le guitariste norvégien Stein-Erik Olsen, a reçu un accueil élogieux des critiques musicaux, classé dans le « top 5 » des dix meilleurs albums classiques de l'année 2009, sous le label Simax.
Un premier album monographique consacré à ses propres œuvres, grâce à l’initiative de son ami John McClellan lors d’une de ses récentes résidences à St-Louis dans le Missouri, est paru en avril 2015.
Plusieurs autres enregistrements sont en projet, dont un album dans un répertoire d'œuvres originales dédiées au Duo Presti-Lagoya, un deuxième album monographique de ses œuvres, ainsi qu’un album consacré à Johann-Sebastian Bach.
Olivier Chassain s'initie à la composition dès l'âge de quinze ans, et a toujours considéré cette activité comme une respiration essentielle au cœur de sa vie de musicien instrumentiste. Il est l'auteur de nombreuses œuvres, notamment pour guitare, comme: les suites Étoiles et Arion, le diptyque Le Fil d’Or, in memoriam Ida Presti et A.Lagoya, De loin en loin, sonate pour deux guitares (1995), Doigts de fées pour flûte et guitare (2010), Sonate pour guitare seule (2011), Les variations interrompues, hommage à Claude Debussy pour deux guitares (2012), La chevelure des anges, sonate pour violon et guitare (2014)..., et des recueils à vocation pédagogique tels que Patchwork, Ad hoc, et Brèves de pupitre (depuis 2012). Ses œuvres sont publiées chez divers éditeurs : Max Eschig, Billaudot, Fuzeau, Mel Bay et Clearnote publications (USA), et plus récemment à L’empreinte mélodique, et aux éditions Berbèn  c’est dans l’imposante Presti-Lagoya collection de cette célèbre maison d’édition italienne qu’Olivier Chassain s’est vu confier la révision de l’intégrale des œuvres originales d’Ida Presti : un premier recueil de ses duos étant paru en 2014, celui de ses œuvres pour guitare seule le sera bientôt.

Sylvain Chevauché soutien l'association Les Amis de François de Fossa


Sylvain Chevauché est né en 1990 à Perpignan. Ancien élève de l’école des chartes (archiviste paléographe promotion 2015) et auteur d’une thèse d’école intitulée : « La faveur royale loin du roi : confiscations en Catalogne française (1642-1652) » consacrée aux élites catalanes pro-Françaises durant la Guerra dels Segadors.
Actuellement doctorant en histoire contemporaine, il réalise des recherches en archives concernant l’histoire du Roussillon et de l’Argentine. Il collabore avec l’historien Philippe Lazerme à une étude du cadre de vie des Perpignanais d’Ancien régime à travers leurs grands hôtels particuliers.

Syvain Chevauché est l'auteur de « L'histoire oubliée de la Casa Xanxo » publiée aux Éditions Trabucaire.
De Perpignan, nous connaissons la cathédrale séculaire, le château royal dit « Palais des rois de Majorque », ou encore les vieilles paroisses Saint-Jacques ou La Réal, plus discrètes mais non moins symboliques. Ce sont les vestiges d’un passé glorieux, celui où Perpignan était capitale d’un royaume, où ses églises étaient riches et brillamment meublées. Cependant à côté de ce patrimoine collectif de premier plan, existe également une forme plus discrète de patrimoine, l’architecture civile,et plus encore, l’architecture privée, porteuse d’autres messages, moins connus et souvent négligés.
De par son unité architecturale, son ensemble d’éléments sculptés, sa majesté, la demeure connue sous le nom de Casa Xanxo est, sans nul doute, le joyau du patrimoine civil de Perpignan. Toutefois, comme beaucoup d’autres hôtels historiques de la ville, son histoire est très mouvementée et profondément méconnue. Le panorama sommaire que nous proposons ici présente, pour la première fois, la suite ininterrompue des propriétaires et des occupants, les mutations brusques et violentes (confiscations, mise en vente aux enchères) les aménagements et transformations du bâti depuis la période des Lumières jusqu’à aujourd’hui.
Par-delà ses murs immobiles et au travers de ses habitants, la Casa Xanxo nous raconte l’histoire sociale et politique de ce territoire catalan envié, disputé, conquis.

Des hommes et le Roussillon par Jean Rifa

   Cette chronique a été publiée dans La Semaine du Roussillon N°497 du 03/11/2005.
   François de Fossa fils (1775-1849)
   Officier supérieur et …compositeur de grand talent
  C’est l’histoire invraisemblable d’un homme né à Perpignan et qui, on ne sait où ni comment, écrit une musique très en avance sur son temps. Abandonnée à sa mort dans des cartons, elle sera découverte fortuitement par un guitariste américain qui se mettra en quête de la faire reconnaître et apprécier du monde entier.
(Jean Rifa)
  Lorsque un père et un fils portent le même prénom et qu’ils ont été tous deux des personnages marquants de leur temps, une certaine confusion se crée forcément à leur sujet. Qu’à fait l’un ? Qu’à fait l’autre ? De qui parle-t-on ? À fortiori, lorsque plus d’un siècle et demi nous éloigne d’eux. C’est peut-être pour cette raison que François de Fossa fils, un musicien aujourd’hui renommé mondialement, est quasi inconnu ici, éclipsé par la personnalité de son père. Pour en dire un mot, de ce père célèbre (1726-1789), sachons simplement qu’il a été juriste, homme de lettres, doyen de la Faculté de droit de l’Université de Perpignan et grand historien. La rue de Perpignan qui porte le nom François de Fossa, créée en 1912, est donc dédiée au père, François le fils n’étant en ce moment-là pas connu. Et pourtant sa vie vaut d’être contée !
  Une découverte fortuite
Lors d’un récital qu’il donne au Festival International de Guitare de Cracovie, en Pologne, J.Francisco Ortiz, professeur de guitare au Conservatoire National de Région de Perpignan, fait la connaissance d’un éditeur et musicologue américain qui lui dit être en possession de partitions pour guitare écrites par un certain François de Fossa. La curiosité fait place à l’étonnement lorsque F. Ortiz déchiffre ces partitions parfaitement inconnues ici. Des « œuvres particulièrement belles que je me mis en tête de faire connaître » dit F. Ortiz. Et une question taraude son esprit : « Comment se fait-il que cette musique ne soit pas arrivée jusqu’à nous alors qu’il était l’ami intime à la fois de Dionisio Aguado dont il traduisit la méthode en français et de Fernando Sor dont tout guitariste n’ignore les études ? » L’explication lui en sera donnée un peu plus tard par l’étonnante histoire que raconte cet américain à la fois guitariste, musicologue et éditeur, Matanya Ophee qui, en 1979, découvre par hasard une œuvre de de Fossa à Concord, dans le New Hampshire. La qualité de la partition entraîne Ophee dans une très longue démarche de recherches sur François de Fossa. Et l’invraisemblable se produit : Ophee découvre qu’il existe bel et bien à Perpignan un dépôt inexploité fait depuis une vingtaine d’années aux archives par une dame de Marseille, descendante directe de la famille de Fossa. Prenant contact par téléphone avec cette dame, l’américain n’en croit pas ses oreilles lorsqu’il entend la voix de Madame de Fossa. « C’est un peu comme si j’avais eu Mme Mozart au téléphone, » dira-t-il. Et cette rencontre va enclencher un long travail de découverte et de reconnaissance de l’œuvre immense de ce génial compositeur. Ajoutons que, selon Matanya Ophee qui a fait une thèse sur la guitare, François de Paule de Fossa aurait introduit la guitare en Amérique, via le Mexique.
  Militaire et baroudeur
François de Paule de Fossa naît à Perpignan le 31 août 1775, de François et Thérèse Beauregard. De ses études et de son éducation on ne sait rien sinon que son milieu familial érudit lui donne accès à une culture développée et ouverte aux arts et à la musique. Le domicile de la famille de Fossa se situe au cœur de la ville, rue Fontaine Na Pincarda, face à la fontaine. La Révolution et le décès de son père en 1789 le font émigrer en Espagne en avril 1793. Il y rejoint l’armée du Roussillon avant d’entrer au service de Miguel d’Azanza, ministre de la guerre puis vice-roi de la Nouvelle Espagne (Mexique). De 1798 à 1803, de Fossa accompagne le vice-roi dans ses campagnes au Mexique où il sera commandant de la 4ème division de la Milice de la Côte Sud. De retour en Espagne, il est nommé à l’Etat-Major de l’Armée Espagnole, à Cadix. Chef de bureau du ministre des Indes en 1808, il reste attaché à son régiment et, lors de la bataille de Grenade, le 27 janvier 1810, il est fait prisonnier par l’armée napoléonienne et emmené à Madrid. Il sera libéré par Joseph 1er, le nouveau roi d’Espagne et retrouve son poste au ministère des Indes. A la chute de Joseph 1er, en 1813, il se réfugie en France avec l’armée napoléonienne et se retrouve capitaine de la Légion Départementale de l’Allier qui deviendra le 3e Régiment de Ligne. Sa carrière militaire se poursuit dans diverses villes de garnison françaises et c’est à Strasbourg qu’il prend pour épouse en 1825 Marguerite Sophie Vautrin. Trois enfants naîtront de leur union, Cécile, Victor et Laurent. En 1830, il participe également à la conquête de l’Algérie. Retiré de l’armée en 1844, officier de la Légion d’Honneur, François de Fossa décède à Paris le 3 juin 1849.
  Et la musique ?
Une carrière militaire aussi mouvementée peut-elle laisser une place à la composition musicale ? Cela semble bien compromis et pourtant, les premières œuvres sont datées de 1808. Ce détail est connu par une lettre qu’il adresse de Madrid à sa sœur Thérèse Jaubert de Campagne, demeurant à Céret. « (…) les connaissances que j’avais acquises dans la musique et dans la composition m’avaient donné l’espoir de me rendre utile au public et de gagner au moins ma vie à composer pour la guitare (…) Mon premier essai redouble mon espoir : une œuvre de quatuor que je fis entendre ici fut reçue avec enthousiasme ; on m’a prodigué des éloges, on m’a appelé le Haydn de la guitare » Propos enthousiastes vite rattrapés par la réalité car, lorsqu’il voulut tirer parti de son talent de compositeur, on ne lui offrit que quelque misérable argent « de quoi payer seulement le papier » ajoute-t-il, amer. Disons aussi que la situation financière du jeune homme n’est guère florissante. De Madrid, il dit dans ses lettres que ses émoluments ne sont pas à la hauteur du poste qu’il occupe et que, parfois, il n’est même pas payé. Fossa ne fera donc jamais une carrière de musicien à temps plein mais, loin de se décourager, il crée des œuvres dont les qualités premières sont la recherche et la fraîcheur. N’ayant à composer que pour lui-même, il ne subit aucune contrainte d’ordre commercial et sans doute voit-on dans cette situation de liberté totale la clef du nouveau genre qu’il développe. Matanya Ophee, le musicologue américain, écrit en 1990 : « ces pièces surprennent par la richesse inhabituelle de leur matériau mélodique, ainsi que par les amusantes inventions dont elles sont parsemées. Rythmes syncopés, souvent alliés à des pédales dissonantes, effets dynamiques inattendus, prestidigitations harmoniques, modulations fréquentes et imprévues, tout cela contribue à créer une musique intense et vibrante (…) Sans aucun doute, la contribution principale de Fossa au répertoire de la guitare, par delà même sa propre musique, réside dans le fait que, sans lui, nous n’aurions jamais connu les quintettes pour guitare de Boccherini, qui sont peut-être la pierre angulaire de la musique de chambre avec guitare ».
  Reconnu mondialement
Qu’en est-il aujourd’hui, dans son pays de naissance ? Outre J.Fransisco Ortiz, qui a enregistré dans les locaux du Castillet l’œuvre de Fossa pour guitare seule et qu’il a eu le plaisir de présenter à Mexico, à Acapulco et à Jaèn, lieux où résida de Fossa, l’association « l’Art et la Manière » est désormais le partenaire culturel du « Quatuor François de Paule de Fossa » qui s’est produit au Festival de Palau del Vidre cet été 2005 lors de la journée hommage dédiée au compositeur en présence de musiciens et musicologues du monde entier, de Maître Roland d’Ornano, du barreau de Marseille et de Nice, descendant direct du compositeur par sa mère, Matanya Ophee, musicologue et éditeur américain, Jacques Quéralt, animateur du colloque, Jacqueline Veisse-Maspharmer, auteur de « François de Fossa, journal d’un émigré catalan », Michel Peus ancien directeur adjoint du C.N.R. de Perpignan, Joan Peytavi, Universitaire. Le « Quatuor opus 19 » de François de Fossa a été à cette occasion remarquablement interprété par J.Francisco Ortiz et Pascal Goze à la guitare, Paule-Pascale Rabetllat au violon et François Ragot au violoncelle.
Quant au parcours maintenant mondial du compositeur, citons entr’autres les CD de Kazuhito Yamashita, (1995), 3 Quatuors enregistrés chez Stradivarius par Lorenzo Micheli, Matteo Mela, Ivan Rabaglia et Enrico Bronzi, le 1er enregistrement mondial avec instruments d’époque « The complete 9 String Quartets » avec Jukka Savijoki et Erik Stenstadvold (2001), Grand Duo de guitare du Festival de Malbronn 2001, « Concertants 3 op.18 » F. de Fossa, Simon Wynberg, Bryan Epperson, Martin Beaver.
  Condensé de son œuvre
• Compositions originales (nombreux quatuors, duos, solos) certaines restent encore à découvrir,
• Arrangements des compositions de Haydn,
• Nombreuses transcriptions d'ouvertures d'opéras,
• Adaptation en français de la Méthode de guitare de Dionisio Aguado.
Une bibliographie de ses œuvres a été publiée aux Editions Orphee (Etats-Unis).
  Sources
• Notices sur François de Fossa, par Matanya Ophee, J.Fransisco Ortiz, Jacques Quéralt, Jacqueline Veisse-Maspharmer, collationnées et aimablement communiquées par Marielle Olive,
• Extraits de presse (L’Indépendant des 22 et 27 juin 2005) art. de J-M Collet et B. Gorrand.
  Contact : « Quatuor François de Paule de Fossa »
Organisation de concerts : Association « l’Art et la Manière », Marielle Olive : Tél : 04 68 50 97 34, Port : 06 22 80 34 01, Mail : art.maniere@wanadoo.fr
  Illustration : Portrait de François de Fossa (envoyé par mail au journal par M. Olive).
avec l’aimable autorisation de Maître Roland d’Ornano

Guy Ilary a été Maire de Tautavel pendant 42 ans

Il est maintenant attaché à la communauté urbaine Perpignan-Méditerranée-Métropole où il est délégué en charge de la territorialisation depuis 2014. Il est un grand soutien de l'association Les Amis de François de Fossa qu'il a proposé d'accueillir pour y donner des concerts de ce célèbre compositeur-guitariste-militaire qu'a été François de Fossa.

L'espace des Lumières à Perpignan par Céline Sala

Un article très complet disponible ici au format PDF.

Lettres de l'autre monde par Annick Foucrier

Un chapitre d'Annick Foucrier (au format pdf) : Lettres de « l’autre monde » :
La correspondance de François de Fossa pendant son séjour au Mexique (1798-1803)
dans le magnifique ouvrage « LES FRANÇAIS AU MEXIQUE du XVIIIème au XXIème SIÈCLE »
aux éditions L'Harmattan, sous la direction de Javier Pérez Siller et Jean-Marie Lassus

Birthday of François de Fossa par Jan de Kloe

On August 31 in 1775, the composer François de Fossa was born in the French-Catalonian city of Perpignan. In 2017 this was feted on his birthday with concerts, lectures, and visits to the places where he was active, among them the house where he was born and lived. The day was organized by the president of the François de Fossa society, Pierre Coureux, and was attended by lovers of the guitar as well as by the guest of honor, discoverer and publisher of most of his music, Matanya Ophee.
Divertimenti from François de Fossa’s Opus 6 were played by Francisco Ortiz as illustrations to a lecture by author Nicole Yrle. She wrote a romanticized biography of the composer. Then the musicologist Bruno Marlat gave a well illustrated history of the guitar and how it went from 5 course double string to 6 string as we know it today. Musical illustration during the day was by the duo Timothée Vinour-Motta and Rémy Patel. They played solo works and duets, primarily the arrangements that de Fossa made of Haydn music on period instruments. These young players finished their evening performance with Sor’s l’Encouragement, brilliantly performed.
The more recent publications of Editions Orphee of de Fossa’s music are five duos based on opera overtures which I presented. The original composers are Nicolas Dalayrac, Henri Berton, Gaspare Spontini, Niccolò Piccinni, and Antonio Sacchini – all composers that were active in Paris before or during the period that de Fossa lived there.
Jan de Kloe

Rue Fontaine Na Pincarda par Nicole Yrle

À plusieurs reprises, François de Fossa a, en écrivant à sa sœur Thérèse restée à Perpignan — en particulier en 1813 depuis Bayonne — libellé l’adresse ainsi :
« Madame Campagne, née Fossa, vis à vis la fontaine la Pincarde à Perpignan ».
C’était le temps où les numéros n’existaient pas encore !
 
Cette jolie fontaine publique du Moyen Âge, la plus ancienne de Perpignan, est encore aujourd’hui alimentée par une citerne encastrée dans le mur, elle-même reliée à un réseau souterrain depuis une source située près de la porte de Canet (aujourd’hui place Cassanyes).
Elle doit son nom à une famille qui vivait dans la maison à laquelle elle est adossée : les Pincard, des teinturiers et des marchands dont un marchand d’huile à l’époque de François de Fossa. Depuis 1540, sur ordre des consuls, il était interdit de laver son linge dans la fontaine !
 
À 2,50 m. du sol on voit une plaque de marbre blanc, gravée d’une croix fichée de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. L’encadrement porte une inscription :
« Font del hostal de Sant Johan
d. XXI de oct MCCCCXXXI »
ce qui confirme la création de la fontaine en 1431 par les Hospitaliers, à l’origine de la fondation en 1116, près de la cathédrale, d’un hôpital détruit au début du XXe siècle.
 
Si la maison de Fossa, sise en face de la fontaine Na Pincarda, coula des jours paisibles, d’autres, situées à peine un peu plus loin dans la même courte rue, connurent des tragédies. C’est ainsi qu’en décembre 1661, un assassinat fut commis sur la personne de Don Emmanuel de Sant-Dionis, un homme réputé violent. Il avait eu des relations coupables avec sa jeune et jolie voisine, Thérèse de Béarn, et l’aurait souffletée par jalousie en découvrant qu’elle avait aussi une aventure galante avec Don Ramon de Monfar. C’est ce dernier qui, au cours d’une altercation, tua Sant-Dionis. Il réussit à s’enfuir jusqu’en Espagne, son pays. On arrêta la jeune femme, accusée de complicité. Soumise à la question, la malheureuse ne voulut rien reconnaître ni dénoncer qui que ce fût.
Elle espéra jusqu’au bout être acquittée mais fut décapitée place de la Loge, en 1662. Elle avait vingt ans.
Nicole YRLE
Photos de la fontaine
 

François de Fossa et le muscat de Rivesaltes !

Voici ce qu’on peut lire au début d’une lettre adressée en octobre 1813 depuis Montauban par François de Fossa lui-même à sa sœur Thérèse, épouse de Joseph Campagne, restée dans la demeure familiale à Perpignan :
« [Ma lettre] te trouvera vraisemblablement à Rivesaltes chez notre aimable nièce que tu embrasseras de ma part. Tu me dis dans ta dernière que tu allais y passer quelques jours et je désire que les eaux te soient favorables ainsi qu'à mon pauvre petit filleul que j'apprends avec peine souffrir encore de ses yeux. Quant à moi si j'étais du voyage je vous laisserais à tous deux boire de l'eau dans un pays où c'est un meurtre d'en mettre dans son vin, et je tâcherais d'oublier à l'aide de quelques bouteilles de ce délicieux muscat que j'ai un bras dont je ne puis pas me servir aussi bien que de l'autre. »
Fac-similé de la lettre de François à sa sœur Thérèse
(survoler pour agrandir)
survoler pour agrandir (Montauban le 10 octobre 1813)
Le petit filleul est le fils de Thérèse, François, alors âgé de 10 ans.
L’oubli teinté d’humour que notre musicien rechercherait dans un verre de muscat, est lié à un fâcheux accident de cheval survenu en juillet qui lui a valu une fracture du bras avec complications.
Quant à la nièce, c’est Thérèse Cabaner, épouse d’Antoine Jaubert, lui-même fils d’Angélique Campagne ; leur fille, Joséphine Jaubert, épousera en 1829 Bruno Magloire de La Fabrègue, ancêtre de M. Pierre-Henri de la Fabrègue, propriétaire-vigneron du Domaine de Rombeau, membre bienfaiteur de l’association « Les Amis de François de Fossa »
Un fac-simile de la première page de cette lettre fut offert à M. de La Fabrègue le 6 décembre 2016, à l’occasion d’une soirée littéraire et musicale présentée par Nicole Yrle et Juan Francisco Ortiz dans la très belle Salle des Vitraux du Domaine.

Thérèse de Fossa (1767-1823), une femme mystérieuse… par Nicole Yrle

À notre connaissance, il n’existe aucun portrait de Thérèse, la sœur tant aimée de François de Fossa. Celui que possédait son frère, et qu’il évoque dans sa correspondance, a disparu... Elle aura à jamais le visage que chacun de nous lui donne et gardera donc son mystère.
Elle fut pour notre musicien bien plus qu’une sœur aînée... une marraine, une amie, une confidente, une conseillère, une correspondante privilégiée, et surtout elle représenta la femme idéale, celle qu’il chercha, des années durant, à retrouver à travers toutes celles qu’il courtisait, jusqu’à ce qu’il rencontrât Sophie, celle qui devint son épouse. Notons au passage que Thérèse était morte d’un cancer depuis près de trois ans quand le mariage eut lieu… Il n’écrira jamais plus à sa sœur chérie, qu’il appelait « Ma chère amie » puis « Ma bonne amie » dans toutes ses lettres...
À n’en pas douter, Thérèse était une femme de caractère, très pieuse et musicienne, qui vouait une affection sans bornes à son frère. On l’imagine séduisante et intelligente. Elle fut manifestement une épouse et mère modèle. Son mari, Joseph Campagne, lui survécut dix-sept ans et jamais ne la remplaça.
Comment se fait-il qu’aucune des partitions de FRANÇOIS parvenues jusqu’à nous ne lui soit dédiée ? Un autre mystère, car, nous le savons, elle aussi avait appris la guitare : « [...] ta fille s’exerce à la guitare pour te régaler », écrivait leur mère à son mari, alors à Paris, en août 1785. Plus tard, c’est avec une de ses guitares que sa fille Thérésette apprendra les premiers rudiments de cet instrument… À moins qu’un jour ne réapparaisse, après avoir dormi dans un tiroir, un grenier, ou au milieu d’un monceau de partitions oubliées, celle que son frère composa pour elle, en pensant à elle ?
Nous devons beaucoup à Thérèse de Fossa, devenue Mme Campagne, puisque ce sont les 572 lettres que François de Fossa lui adressa en 27 ans qui constituent la principale source de ce que nous savons de lui. En revanche, nous ne possédons qu’une seule lettre-réponse de sa main, datée du 8 septembre 1820, dans laquelle elle lui enjoint de venir passer son congé d’officier à Perpignan : « […] je ne veux point être privée de t’avoir six mois auprès de moi, peut-être sera-ce la dernière fois que nous nous réunirons, ainsi point de raison, tu passeras les six mois ou je ne t’aimerais plus de ma vie de vouloir ainsi m’affliger. »
On vous le disait, une femme de caractère !
Nicole YRLE
Lettre de Thérèse à François 
(survoler pour agrandir) 
survoler pour agrandir

Qui était Sophie, l'épouse de François de Fossa ? par Nicole Yrle

Lorsque le chef de bataillon, Chevalier de Saint-Louis, François de Fossa se maria, il avait déjà vécu un demi-siècle. Sa fiancée avait vingt-trois ans de moins que lui. Le mariage eut lieu à Strasbourg, le 29 décembre 1825. Trois ans plus tôt, le musicien avait eu la douleur de perdre sa sœur Thérèse. Aucune des femmes rencontrées jusque-là n’arrivait à la cheville de celle qu’il chérissait depuis l’enfance. Mais Sophie, manifestement, avait toutes les qualités requises et elle apporta le bonheur à François, lui que les épreuves n’avaient pas épargné depuis sa jeunesse.
Née le 18 Floréal an VI (7 mai 1798), la jeune épousée était la fille de feu Mansuy Vautrin, fabricant de chandelles installé à proximité de la cathédrale. Ce dernier était issu d’une famille lorraine de boulangers, catholique de génération en génération. Engagé volontaire dans le 9e bataillon de l’Ain révolutionnaire, Mansuy avait été élu officier par les soldats-citoyens ; envoyé à Strasbourg, le lieutenant des grenadiers y rencontra Marguerite, sa future femme, âgée de seize ans. Il quitta l’armée et l’épousa. La toute jeune femme, très vite mère d’un garçon, appartenait à une famille de riches blanchisseurs protestants, les Schwing. Sophie naquit deux ans plus tard et à quinze ans, elle perdit son père, mort prématurément d’une probable maladie professionnelle.
Mystérieuse Sophie… Nous n’avons d’elle aucun portrait et en sommes réduits à l’imaginer. Elle reçut certainement une éducation soignée. François de Fossa lui dédia, avant leur mariage, l’arrangement d’une sérénade de Beethoven et l’ouverture de l’opéra Le Calife de Bagdad de Boieldieu, ce qui prouve qu’elle jouait de la guitare, et certainement fort bien, car les pièces en question ne sont pas faciles. Plus tard, Dionisio Aguado composa pour l’épouse de son ami de Fossa Six petites pièces, techniquement complexes. Peut-être ressemblait-elle à la jeune femme qui posa pour le peintre Descours ?
L’alliance François de Fossa/Sophie Vautrin a de quoi surprendre et il n’est pas certain que Thérèse, en bonne descendante d’une famille catalane anoblie, catholique et monarchiste, l’aurait approuvée ! D’ailleurs l’armée à qui François de Fossa a dû demander l’autorisation de se marier, ne l’a pas accordée du premier coup ! Il fallut l’intervention d’un personnage haut placé, M. de Sainte-Suzanne, sans oublier que la tante de Sophie était la veuve de Jean Legrand, lieutenant-colonel, ancien commandant de la place de Belfort, couvert d’honneurs. En tout cas, François, qui avait vécu des changements considérables, jetait sans doute sur le monde un regard distancié et il a su apprécier en Sophie ce qui ferait d’elle l’épouse dont il rêvait.
Le couple connut un bonheur sans nuages, en témoigne ce très joli passage d’une lettre adressée par François à son neveu en 1827 : « Depuis que j’existe, je n'ai jamais goûté une telle somme de bonheur. Tu ne le comprendras que lorsque tu auras toi-même uni ton sort à une femme qui partage tous tes goûts, toutes tes idées, car ce n'est que de cette manière qu'on est réellement duo in carne una ». Trois enfants naquirent, Victor (1826), Cécile (1827) et Laurent (1832). Le premier est né à Paris, la seconde à Besançon et le troisième à Romans : il est clair que Sophie a suivi son époux de garnison en garnison, ce qui n’était guère fréquent à une époque où les militaires changeaient d’affectation presque chaque année.
Autre fait notoire, l’aide efficace que Sophie apporta à son mari à la suite de la délicate affaire survenue à Salon dans la nuit du 28 au 29 juillet en 1839 : une altercation entre des soldats de son régiment et des bourgeois tourne mal, le capitaine d’astreinte cette nuit-là fait preuve de précipitation, agit sans réquisition de l’autorité civile et ne prévient le Major de Fossa que quand tout est fini avec un mort et plusieurs blessés, civils et militaires, à déplorer. De Fossa, après enquête, sanctionne des soldats et des officiers coupables de manquements graves. Mais il est désavoué par le Général et doit se défendre ! Là-dessus, il s’absente pour accompagner ses enfants, Cécile et Victor, futurs élèves à St Denis et à La Flèche. En son absence, une véritable cabale est montée contre lui au sein du régiment : on lui en veut de n’avoir pas fermé les yeux sur les exactions de camarades de corps et d’avoir pris le parti des bourgeois ! Sophie reçoit des instructions précises de son mari et s’en acquitte à merveille, portant une lettre au juge pour demander une enquête ciblée avec des témoins désignés qu’elle va voir un à un pour qu’ils disent « toute la vérité, rien que la vérité ». Seule une femme amoureuse, convaincue et intelligente comme l’était Sophie, a pu mener à bien pareilles actions. Avec son aide, François de Fossa s’en est tiré avec les honneurs et sans doute une grande amertume.
La carrière militaire du Major de Fossa s’acheva à Paris et c’est là qu’il mourut en 1849, laissant une veuve de cinquante et un ans et un fils de dix-sept ans. L’aîné, Victor était sous-officier en Guadeloupe, il mourut cinq ans après son père. Malgré l’opposition de sa mère, Cécile entra dans les ordres et mourut en 1868 au couvent de Bordeaux. Laurent, le petit dernier, embrassa lui aussi la carrière militaire mais c’était un joueur invétéré qui eut maille à partir avec la justice et dut démissionner de l’armée. Il est probable que son comportement donna bien des soucis à sa mère. Finit-il par s’assagir#0160;? Peut-être… Il se maria et Sophie devint grand-mère.
Elle vécut jusqu’à l’âge de quatre-vingt quatre ans et s’éteignit à Paris en 1889. Elle dort son dernier sommeil aux côtés de son mari, au cimetière du Montparnasse.
Nicole YRLE
  Les illustrations de cette chronique
Ouverture de l'opéra de Boieldieu
survoler pour agrandir
Jeune guitariste de Descours
Lettre du 8 janvier 1827 (extrait)

Cécile de Fossa par Nicole Yrle

Cécile est née le dimanche 2 septembre 1827 à Besançon où son père, devenu Major, était en garnison depuis peu. Elle a reçu le doux prénom de la sainte patronne des musiciens qui, douée d’une voix magnifique, chantait les louanges du Seigneur, et chanta encore, juste avant que ne s’abatte sur elle la hache meurtrière du bourreau.
Ses parents vont de garnison en garnison, ils sont à Romans quand ils décident de confier leur petite fille qui n’a pas encore cinq ans à sa cousine et marraine, Thérésette Campagne, la nièce de François de Fossa restée célibataire, âgée de vingt-six ans, qui vit toujours à Perpignan dans la maison familiale de la rue Na Pincarda avec son père et son frère. Durant quatre ans, Cécile est éduquée et instruite par sa marraine. A neuf ans, elle entre au pensionnat des sœurs du Sacré-Cœur qui se trouve au nord de la ville dans l’ancien Mas d’en Farines. Elle n’y reste qu’un an : son père, qui commande le dépôt du 23e de ligne à Salon de Provence, vient la chercher car, par une ordonnance du 24 avril 1839, elle a été admise à l’École Royale de la Légion d’Honneur où elle aura pour condisciples de jeunes demoiselles issues du meilleur monde. Son frère aîné Victor est déjà élève au Collège Royal Militaire de La Flèche. Mais la rentrée effective de Cécile est différée au 15 septembre.
Durant l’été, le Major de Fossa a de graves soucis à la suite d’une rixe en ville entre des militaires et des bourgeois qui tourne mal. Fossa agit en conscience mais est désavoué par sa hiérarchie. Début septembre, il obtient un congé d’un mois pour aller conduire sa fille à la Maison Royale de Saint-Denis, seconde des trois maisons d’éducation de la Légion d’honneur créées par Napoléon, ouverte depuis 1812. En son absence, au sein de la garnison, les calomnies vont bon train, il est atteint dans son honneur. Sophie, sa femme, le seconde puissamment en l’aidant à constituer un dossier solide pour sa défense, si bien que le lieutenant général lui rendra finalement justice.
À l’époque où Cécile de Fossa était élève à la Maison d’éducation de la Légion d’Honneur de Saint-Denis, Julie Magdeleine Sophie Forget de Saint-Germain, baronne Dannery, en était la surintendante. Cette éducatrice est l’auteur de Leçons religieuses, morales et historiques. On disait d’elle qu’elle avait « des manières simples, nobles et réservées. » (Lettre du préfet Roederer à sa femme). Dans cette école privilégiée, durant six ans, Cécile a étudié la littérature, l’histoire, la géométrie et les arts d’agrément, ce qui a dû pleinement satisfaire son père, lui qui avait connu, en particulier en Espagne, plusieurs jeunes personnes dont l’ignorance le choquait.
Tout au long de sa jeunesse, Cécile reçut une instruction religieuse poussée qui explique sans doute sa vocation. Malgré l’opposition de sa mère – protestante –, elle entra dans les ordres et prononça ses vœux à Milan. C’est dans le couvent de cette ville qu’elle accueillit et soigna son frère Laurent, blessé à la bataille de Solférino.
Sa santé s’altérant, elle est renvoyée en France, à Conflans puis à Bourges et finalement à Bordeaux en 1867. Elle y est morte le 27 janvier 1868, à 40 ans : les sœurs de la Société du Sacré Cœur de Jésus lui ont consacré une nécrologie qui loue sa dévotion, son amour de Dieu, sa modestie, son dévouement et ses qualités pédagogiques mises au service des élèves du Sacré Cœur.
Nicole YRLE

La Maison natale de François de Fossa par Nicole Yrle

Aujourd’hui encore, la maison natale de François de Fossa frappe par son aspect imposant. D’après ses propriétaires actuels, Alain Gélis et sa sœur, elle remonte au Moyen Âge. Actuellement elle donne sur trois rues :
- environ 10 m côté est (rue de la Manche)
- environ 13 m côté sud (rue de la fontaine Na Pincarda)
- environ 18 m côté ouest (rue du Figuier, aujourd'hui place Jaubert de Passa)
- son angle sud-ouest largement ouvert laisse à penser que sa façade nord qu’on ne voit pas devait mesurer environ 25 m.
Cette maison disposait d’une vaste surface habitable sur trois niveaux (d’après les traces sur la façade sud, il est possible que le troisième ait été rajouté au XVIIIe s.) avec, entre autres, au premier étage, plusieurs pièces dont un grand salon et une vaste cuisine, au rez-de-chaussée une écurie et des locaux professionnels (boutiques de tisserands et tailleurs, et, plus tard, bureaux de juristes) et, en sous-sol, un espace relativement spacieux permettant des activités annexes avec, peut-être, un bassin et un petit pressoir à huiles...
L’architecture de la maison est difficile à visualiser à cause de son agencement interne complexe et de son emboîtement avec les maisons mitoyennes au nord. Mais il est clair qu’une même famille, ou un ensemble de familles unies par les liens du sang, pouvait parfaitement se partager l'espace disponible.
 
Sans entrer dans le détail, des recherches approfondies permettent d’avancer l’hypothèse qu’avant le terrible siège de Perpignan en 1641-42, « la maison en face de la fontaine Na Pincarda », comme la désigne notre compositeur dans ses lettres, était occupée par des Jaubert, en particulier au milieu du XVIe siècle par un certain Rafel, puis ses descendants Pere, Rafel Menor et Montserrat, tailleurs comme leur père ou tisserands. Leurs familles disparaissent ensuite, probablement décimées lors du siège ou parties au sud des Pyrénées.
Mais en 1646, Joseph Jaubert, tailleur, fils de Montserrat, se marie avec la fille d’un notaire et la maison Na Pincarda reprend vie avec la naissance de six enfants. Joseph, le troisième, deviendra le premier d’une lignée de notaires, juristes et avocats. Devenue veuve en 1705, sa troisième épouse élèvera quatre jeunes enfants. Deux d’entre eux vont « repeupler » la maison après 1719, date de leur double mariage : Antoine devenu notaire, épouse la fille d’un droguiste et Françoise épouse le jeune et brillant Joseph Fossa, 23 ans, déjà juriste, futur avocat. Ils n’habiteront pas tout de suite la maison Na Pincarda mais on peut formuler l’hypothèse qu’assez vite Antoine Jaubert et Joseph Fossa, devenus beaux-frères, ont amorcé une collaboration professionnelle.
En 1732 vivent dans la maison qui nous intéresse dix personnes :
- Antoine Jaubert, sa femme et leurs deux enfants
- Joseph Fossa, sa femme Françoise et leurs trois enfants
- Josèphe Jaubert, sœur d’Antoine et Françoise, restée célibataire.
Les enfants Fossa (18, 11 et 6 ans) sont orphelins en 1737 et perdent leur tante Josèphe en 1741. Sans doute Antoine et sa femme finirent-ils de les élever.
Antoine Jaubert fils fera son droit, François de Fossa, fils de Joseph, aussi. Antoine se marie en 1742 et six de ses douze enfants atteignent l’âge adulte. François se marie beaucoup plus tard, en 1761, avec Thérèse Beauregard. Leurs enfants, Thérèse et François de Paule, naîtront en 1767 et 1775.
À un moment, la maison a dû être surpeuplée : le couple Jaubert et leurs six enfants, une grand-mère maternelle, le couple Fossa et Josèphe, sœur célibataire de François !
Mais des décès et des départs vont réduire peu à peu le nombre d’occupants. On peut penser toutefois qu’en 1779, François Fossa et sa femme ont, à leur tour, terminé d’élever avec leurs propres enfants quatre jeunes gens ou adolescents Jaubert devenus orphelins. Ces derniers partiront accomplir leur destin et, à la faveur probable d’un arrangement familial, la maison Na Pincarda deviendra une maison Fossa.
En 1789, après la mort de leur mère (1786) et de leur père (1789), vivent dans la maison Thérèse (22 ans), François de Paule (14 ans) et leur tante Josèphe (68 ans). Les aléas de la période révolutionnaire et un entretien devenu coûteux ont logiquement conduit Thérèse à louer une partie de la maison. On sait que François de Fossa le compositeur, après 1793, ne reviendra plus qu’en visite. Thérèse continuera à vivre dans la maison avec son mari Joseph Campagne, juge, et leurs deux enfants, François et Thérèse, dite Thérésette. Le frère et la sœur, restés célibataires, y vécurent à leur tour jusqu’à la fin de leur vie, Thérésette est morte en 1873 et François en 1889.
Nicole YRLE
Photos de la maison et de François de Fossa (à 65 ans)